Colloque FFA : Produire plus, Produire face aux aleas climatiques et economiques

Mercredi 25 janvier 2017 avait lieu à Reims la déclinaison française du Forum pour le Futur de l’Agriculture, FFA, organisé par ELO, Syngenta et l’AGPB. Le colloque était centré sur les défis auxquels l’agriculture doit faire face en Europe et dans le monde, entre l’impératif de production et les objectifs de développement durable des Nations Unies.

CLIMAT, SECURITE ALIMENTAIRE, ATTENTES SOCIETALES UNE VISION DIFFERENTE ENTRE LE NORD ET LE SUD

Une première table ronde, intitulée « Pourquoi produire pour les besoins mondiaux », était introduite par Pierre-Olivier Drège, Directeur général de l’AGPB. Sébastien Abis, Directeur du Cercle DEMETER, a d’abord rappelé la croissance attendue des importations alimentaires de l’Afrique, là où se concentre l’accroissement démographique et où la terre et l’eau manquent : « Nécessairement, les rendements et les  échanges internationaux doivent augmenter ». « Les pays exportateurs, dont la France, peuvent produire et exporter plus car ils ont à la fois la stabilité politique et la plus faible démographie ». Le problème est que les pays développés donnent la priorité à l’écologie, alors que les autres privilégient les aspects économiques et sociaux du développement durable. Seule, l’innovation peut résoudre cette contradiction.

Le Président de Syngenta France, Denis Tardit, combat quant à lui le mythe de la différenciation comme moyen d’échapper à l’exigence de compétitivité : « même les produits de niche sont mondialisés. Le marché du champagne est mondial. Et chez nous, « ce n’est pas le modèle qui s’use, c’est la pression sur les pouvoirs publics qui conduit à l’interdiction de matières actives qui use celles qui restent en les exposant à des résistances accélérées ». Il a proposé, pour conclure, de transformer les surcoûts français en avantages concurrentiels. Par exemple faire 3 cultures en 2 ans en irrigant les CIPAN, qui peuvent avec 100 mm d’eau de plus devenir des cultures productives et rentables : mélanges avoine-vesce, cultures énergétiques, soja dérobé derrière une céréale.

DE LA NECESSITE DE DEFENDRE LA PAC ET SON BUDGET

La 2ème table ronde était consacrée à la PAC après 2020. Pour Achim Irimescu, ancien ministre et actuel représentant permanent de la Roumanie à Bruxelles, la future PAC doit avoir pour priorité la compétitivité. Il est impératif de la simplifier et elle doit rester commune. Et il faut renforcer les outils de gestion des crise et de gestion des risques, parmi lesquels les fonds mutuels auxquels s’oppose pourtant la principale organisation agricole roumaine.

Catherine Geslain-Lanéelle, Directrice générale de la performance économique et environnementale des entreprises (DGPEE) au ministère français de l’agriculture, a d’abord affirmé la nécessité de défendre la PAC et son budget, en rappelant que « le pays le plus opposé à la PAC va sortir de l’UE ». Pour elle, le principal point faible de la PAC actuelle est sa complexité pour les agriculteurs mais aussi pour les administrations. Pour l’après 2020, le premier objectif est le soutien au revenu, donc les DPB à maintenir. Mais deux évolutions sont nécessaires :

  • D’abord, pour sa légitimité, mettre l’environnement au cœur de la PAC en préservant le verdissement, en le simplifiant, et en l’orientant vers la nécessaire décarbonatation de l’économie : « Face au changement climatique, l’agriculture peut apporter beaucoup de solutions en stockant le carbone dans le sol et en produisant plus de biomasse, de biogaz, de biocarburants, de bioénergie ».
  • Enfin en diminuant l’impact sur les agriculteurs des risques croissants à travers une palette d’outils, « ce que la France a plutôt bien fait ». Ceci à la fois à travers des instruments de marché au niveau européen, et des outils nationaux destinés aux agriculteurs : outils individuels comme l’épargne de précaution. Et outils avec accompagnement pour les risques lourds, comme les assurances et fonds de mutualisation. Pour l’assurance récolte, les autorités françaises se félicitent que le contrat socle ait permis de stopper la baisse du nombre d’exploitations assurées (26%), constatent l’importance d’un seuil de déclenchement suffisamment bas (90% des polices sont à 25% au lieu de 30%). Si l’on veut massifier l’assurance récolte en diminuant le seuil subventionné de 30 à 20%, c’est pour Mme Geslain-Lanéelle non plus 100 M€ de budget public mais 4 ou 5 fois ce montant qui sera nécessaire.
LE CHANGEMENT CLIMATIQUE UN DEFI MAJEUR DE LA FUTURE PAC.

Pour Céline Charveriat, Directrice exécutive de l’IIEP (Institute for European Environmental Policy, think-tank bruxellois) et ancienne dirigeante d’OXFAM, le changement climatique constitue le principal défi de la future PAC. L’agriculture européenne, qui contribue actuellement à 11% des émissions de gaz à effet de serre, pourrait en représenter un tiers en 2050 du fait des progrès des autres secteurs. La séquestration par les sols représente une énorme opportunité, d’autant qu’il n’y a pas de révolution à attendre sur le plan du captage de CO2 par le secteur industriel. Selon la Commission européenne, il est techniquement possible que la séquestration par les sols atténue de 50% les émissions d’ici 2050 par rapport à 1990.

La diminution de la production agricole européenne n’est pas forcément la solution, car les émissions ne diminueraient que si cette production n’est pas remplacée par une production plus émissive en dehors d’Europe. En ce qui concerne l’agriculture, Mme Charveriat plaide pour une PAC orientée vers la rémunération des biens publics, avec des bénéfices pour les agriculteurs et pas seulement des contraintes, un rééquilibrage des pouvoirs de négociation dans la chaîne alimentaire et l’éducation des consommateurs à travers une « facture carbone ».

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