Les comptes provisoires de l’agriculture publiés ce jour affichent un rebond global du résultat agricole en 2025. Mais derrière la moyenne, une filière décroche : les céréaliers. Si les chiffres soulignent un retour à la normale sur le plan de la production après une année noire en 2024, ils confirment en revanche un effondrement économique sans précédent pour les céréaliers français au cœur d’un effet ciseaux dévastateur. Des résultats parmi les plus inquiétants de la ferme France alors que les moissons en cours clôturent une quatrième année consécutive dans le rouge.

 « Faut-il attendre des chiffres officiels pour confirmer nos multiples alertes sur ce qui se joue actuellement pour l’avenir des céréaliers français et de notre souveraineté alimentaire ? L’heure est grave ! » alerte Éric Thirouin, président de l’Association Générale des Producteurs de Blé (AGPB).

Publiés ce mardi par la Commission des Comptes de l’Agriculture de la Nation (CCAN), les chiffres issus des comptes provisoires de l’agriculture pour l’année 2025 affichent un résultat brut qui rebondit de 15 % en valeur et de 18,3 % par emploi non salarié, porté notamment par les productions animales. Une moyenne qui masque une réalité beaucoup plus sombre pour les céréaliers français, à l’heure même où les moissons se poursuivent sou une canicule éprouvante.

Si les volumes ont retrouvé des couleurs, les prix du blé poursuivent leur chute abyssale : -10,7% par rapport à 2024 (qui accusait déjà un repli de -8 %), et ne couvrent toujours pas les coûts de production attisée par une explosion continue des charges depuis 2022.

Éric Thirouin précise : « Que personne ne se raconte d’histoires : le rebond moyen du résultat agricole ne reflète en rien la situation des céréaliers. En 2025, nos volumes sont certes revenus à la normale après une année catastrophique, mais nous sommes malheureusement très loin d’une sortie de crise. Cette année encore, les cours du blé sont au plus bas et cette moisson 2026 ne compensera pas nos coûts de production. Produire sans pouvoir en vivre pour la quatrième année consécutive, ce n’est pas une sortie de crise, c’est le symptôme d’un décrochage profond. »

Pour l’AGPB, ces chiffres prolongent une alerte déjà documentée : un résultat courant avant impôt moyen de -6 800 € par chef d’exploitation en 2024, un revenu négatif pour plus de 80 % des céréaliers pour la troisième année consécutive, et près de 900 000 hectares de céréales à paille perdus en dix ans. 2026 sera donc la quatrième année dans le rouge mais il faudra attendre la publication des comptes officiels en 2027 pour le confirmer.

Un délai que refusent d’attendre les céréaliers pour appeler les pouvoirs publics et l’ensemble de la classe politique à agir : « Alors que la Banque de France vient d’annoncer que l’agriculture arrive en tête des défaillances d’entreprises au mois de mai, c ’est un véritable État d’Urgence agricole qui doit être décrété et appliqué pour sauver toutes les fermes les plus fragilisées ! » conclut Éric Thirouin.

Les comptes provisoires de l’agriculture 2025 sont accessibles sur le site de la statistique agricole du Gouvernement :https://www.agreste.agriculture.gouv.fr/agreste-web/disaron/Dos2601/detail/